10. Le Labo Sommeil

sommeil

Ça commence à remonter loin, l’épisode du Dr Q. J’en ai vu des vertes et des pas mûres depuis ce rendez-vous. Je vais donc gratter aux tréfonds de ma mémoire pour essayer de retracer les événements qui suivirent. Après avoir pris rendez-vous pour un « labo sommeil », comprenez « une nuit à l’hosto emberlificotée de fils et électrodes », j’attendis la date avec un mélange d’excitation et d’angoisse. Le jour dis, j’écrivis dans mon téléphone les événements au fur et à mesure dans la perspective d’un article. Voici à quoi cela ressemblait.

J’écris ce journal de bord de ma nouvelle aventure au fur et à mesure de son déroulement. Il sera donc écrit au présent. Je fais ceci afin de prendre de la distance par rapport aux événements et pour me calmer. En effet, je suis stressée. Terrorisée, même, si je veux être honnête avec moi-même. J’ai l’habitude des hôpitaux, mais ici, c’est différent. Je vais rester toute seule dans une chambre, toute la nuit. Toute seule. Oui je l’ai déjà dit, mais ça a son importance. Dormir toute seule dans son lit douillet n’a rien à voir avec dormir dans un lit l’hôpital, accrochée à des machines. Pour l’instant, je suis dans le bus qui me mènera à mon destin. Je suis stressée aussi parce que je suis en retard. J’ai appelé pour prévenir mais on m’a dit que quand le comptoir fermait, il fermait. Ah, les joies de l’administration. Et si je suis en retard, ce n’est pas de ma faute, il y a Sommet Européen, voyez-vous. Quand il y a sommet, le quartier européen où je travaille est barricadé comme en période de guerre, des hélicoptères volent en permanence au dessus de nos tête et tous les bus sont déviés. Autant dire que c’est la grosse merde. Le bus n’avance pas car la voiture devant nous se fait tester pour explosifs. Quatre hommes passent des « clubs de golf » en dessous du véhicule pendant qu’un cinquième contrôle la carte d’accès du conducteur. J’ai l’impression d’être dans un film, et ma bande son dans mes oreilles est Gangsters Paradise par Coolio. Les « aaaaah-aaaaaah » lyriques de la chanson me donne une impression de moment héroïque. Oups, ça y est, c’est mon arrêt. Je continue tantôt. 

Je suis enfin dans ma chambre. J’attends le kiné qui doit passer pour me brancher tous mes électrodes. L’infirmière qui m’a apporté mon repas m’a dit qu’il passerait vers 19h00. Il est 18h00.

– Sauf si c’est le noir, alors il sera sans doute en retard. Vous savez avec ces gens-là, m’explique-t-elle avec un visage bienveillant. Je ne sais pas si elle blague ou pas donc je tente un sourire crispé.

Après avoir mangé, j’ai décidé de m’installer. Je me sentirai beaucoup plus chez moi une fois que toutes mes petites affaires. J’ouvre donc mon sac. Ma petite culotte, ma trousse, des collants pour demain, des chaussettes, mon pantalon de pyjama, et c’est tout. Pas de t-shirt. PAS. DE. T-SHIRT. Fuuuuuuuck. Pas de pantalon et un t-shirt, ça va, mais le contraire, c’est carrément foireux quand on est une fille. En plus ma robe est loin d’être un pyjama. « Prenez des habits larges et confortables », qu’ils avaient dit. Ha! Elle est bonne celle-là. J’ai pensé à prendre mon coussin mais pas de t-shirt? Quelle idiote fais ça? Moment de panique extrême. Et le kiné qui va arriver! Je téléphone à Raymonde fissa. Raymonde est une super amie qui habite à 200m de l’hôpital. tût, tût, tût, Allô? 

  • Salut Raymonde, c’est moi, dis, euh, j’ai un truc à te demander… mais c’est bizarre. Si tu peux pas c’est pas grave…mais ça m’aiderait vraiment…enfin, le truc c’est que…
  • De quoi t’as besoin?
  • Un t-shirt…
  • Ok, dis-moi où tu es et je t’apporte ça.

NDLA: cette discussion a été raccourcie à son minimum. Raymonde et moi, on papote. 

Après m’avoir apporté le précieux, Raymonde est restée pour prendre des nouvelles de ma vie et vice-versa. A 20h30, le kiné n’était toujours pas arrivé et l’heure des visites étaient finies. Ce n’est qu’à 21h00, qu’un kiné très en retard et on ne peut plus blanc ouvrit la porte de ma chambre. Raymonde partit sur la pointe des pieds et le petit homme commença à me brancher. Littéralement bien sûr. 

Je suis maintenant allongée sur mon lit, j’essaie de regarder la télé tout en me rendant compte que je m’ennuie terriblement. Il est 21h30. Je vais quand même pas me coucher maintenant, ils vont le savoir. Un test du sommeil en gros c’est une nuit qu’on passe avec un récepteur de la taille d’une brique entre les seins (ou les pectoraux pour les hommes), reliées à des dizaines de fils, accrochés à votre crâne, votre torse et vos jambes. Autant dire que je pense qu’il est IMPOSSIBLE de bien dormir harnachée de la sorte. Pour couronner le tout, le petit homme m’a mis un filet de poisson autour de la tête pour tenir les électrodes en place. Il a fait un noeud au dessus et pouf, je ressemble à un schtroumpf de l’espace. Toutes ces données sont enregistrées pendant la nuit. En plus des électrodes, il y a un masque que l’on doit porter et qui calcule notre façon de respirer. La première fois, c’est très inconfortable. Pour couronner le tout, un clapet autour de mon doigt qui mesure ma saturation d’oxygène et mes battements est installé. Bon, je vais dormir. Il est 22h21. 

07h00. C’est en trombe que l’infirmière est entrée dans ma chambre avec un bonjour claironnant et légèrement forcé. Elle a posé le plat du petit déjeuner sur la table, a allumé les lumières blafardes et est repartie  comme un coup de vent. Il n’y a pas de doute : j’ai mal dormi. Impossible de se mettre sur le ventre avec la brique, je ne sais pas dormir sur le dos, et le masque se mettait mal sur le côté. Le kiné d’hier revient pour m’enlever mes câbles. Pour faire coller les électrodes, il a utilisé une sorte de pâte collante. Et j’en ai plein le crâne. Un conseil si jamais, lecteur, tu dois faire un labo sommeil : prévois de te laver les cheveux assidûment avant de quitter l’hôpital, ou tu finiras comme moi, avec une écharpe sur la tête. 

J’ai hâte d’avoir mes résultats. Un problème de sommeil n’est pas forcément lié à la fibromyalgie mais il est prouvé que les fibromites ont le plus souvent un sommeil perturbé et fragmenté. Allez, j’ai hâte de partir d’ici. Je m’habille en vitesse et rentre chez moi pour faire une bonne sieste avant d’aller travailler. 

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3 réflexions au sujet de « 10. Le Labo Sommeil »

  1. Vous avez eu de la chance de pouvoir regarder la tv, car moi extinction des feux à 21h30 dans le noir, moi qui suis une couche tard. J’ai passé la nuit la plus longue de ma vie, et au matin, l’aide soignante ne voulait même pas que j’aille aux toilettes de peur que je me lave pas!!! et oui, véridique Courage Noella

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