7. Le Rhumatologue (3)

Dans mon article précédent, j’évoquais en quelques mots les aléas d’une sciatique douloureuse. Et notamment, les visites quotidiennes d’infirmiers. Je voudrais juste revenir en vitesse sur le sujet afin de dispenser ma science à mes éventuels camarades d’infortune. En deux mots, les piqûres de vitamine B12, les amis : ÇA CHIE. En se répandant dans le grand fessier, le produit donne l’impression de se transformer en gel, pour finalement durcir complètement. Avis aux éventuels futurs victimes de Neurobion : sortez le flacon du frigo la veille de la piqûre, ça chie vachement moins. Ce n’est qu’au quatrième jour que je m’en suis rendue compte. Pour le reste, les infirmiers insisteront pour alterner les piqûres d’une fesse sur l’autre. Mauvaise idée. Demandez toujours la même, cela vous permettra de pouvoir dormir sur un côté sans problème. J’espère pourvoir être utile à certains.

Ami lecteur, vous commencez peut-être à vous dire qu’il y en a marre des visites chez le rhumatologue. Nous voici déjà à la troisième, et ce n’est pas fini. Et bien je vais vous dire, moi aussi. Et pourtant c’est ça le quotidien d’un fibromite. La vie est rythmée par les visites successives chez les spécialistes. Chaque nouvelle entrevue apporte son lot d’avancements, mais surtout de frustrations.

Après avoir fait un scanner de mon dos, je retournai donc chez mon sauveur, le Dr Q, un mois plus tard avec une certaine appréhension. Grâce à mes nombreuses séances de kiné, j’avais réussis à glaner quelques informations sur le résultat de cet examen. Etre un patient, c’est aussi être dans l’inconnue. Car les médecins rechignent à vous envoyer les rapports d’examens de peur que vous les interpréteriez mal. C’est compréhensible, bien sûr, mais il n’empêche qu’on se sent quelque part dépossédé de son propre corps. Et que l’attente entre chaque visite est un supplice. En interrogeant mes kinés, j’avais appris que le protocole de mon scanner (la synthèse écrite par le radiologue qui avait analysé les clichés) étaient négatifs. En gros, je n’avais rien, et j’avais mal quand même. L’histoire de ma vie.

C’est avec cette certitude que je m’assis en face du Dr Q, impatiente d’entendre son verdict. Tellement impatiente, même, qu’alors qu’il lisait le protocole sur son ordinateur, je ne pus m’empêcher de souffler :

– Oui, je sais, je n’ai rien. Pas de rétrécissement du canal lombaire, ni hernie.

Un peu surpris que j’aie eu accès à ces données, le Dr Q entreprit ensuite de jeter un œil aux clichés.

– Mmhh. Intéressant.

– …

– Vous n’avez pas rien. Vous avez même quelque chose.

– Ah oui ?

– Ah oui! Mademoiselle, vous avez une spondylarthrite ankylosante.

– C’est grave, Docteur?

Note au lecteur : je connais très bien la spondylarthrite ankylosante. Je connais ses symptômes, ses implications, son caractère évolutif… Mais quand je suis face à un médecin, je la joue débile. Je ne sais pas pourquoi. Peut-être parce que je pense toujours qu’ils vont m’apprendre quelque chose de neuf (ce qui arrive parfois bien sûr). Ou peut-être pour ne pas blesser leur égo (on ne sait jamais). J’ai remarqué qu’une petite connaissance de la médecine n’était pas toujours une bonne chose. Parfois on vous prend de haut, parfois on continue s’adresser à vous comme si vous aviez cinq ans, et parfois on vous parle comme si vous étiez un neurochirurgien, il n’y a pas vraiment de juste milieu.

30-08-2013 17;19;49Après m’avoir expliqué ce que je savais déjà, le Dr Q me recommanda de faire des examens complémentaires afin de voir l’avancement de la maladie. Je sortis de son bureau abasourdie. J’avais « quelque chose ». J’avais raison d’avoir mal. Je me sentais triste quelque part. Se dire qu’on va peut-être finir sa vie complètement racrapoté sur soi-même sans pouvoir bouger n’est pas très drôle, je le concède, mais au moins, ça se voyait. C’était prouvable, reconnu. Les kinés n’étaient plus perdus : ils savaient comment s’occuper de la spondylarthrite. Et par ailleurs, il y avait un traitement, plusieurs même, qui stoppaient son évolution.

Le monde médical ne mettait pas en doute un diagnostic pareil. Je faisais enfin partie du club très sélect des « vrais » malades chroniques. Ceux qui ont droit à une allocation, à une place de parking, et à de la compassion plutôt qu’à de l’incompréhension.

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2 réflexions au sujet de « 7. Le Rhumatologue (3) »

  1. Coucou,   Toujours très bien, mais ce que j’attends, c’est LA CHUTE DU DOCTEUR Q.   Je vois qu’on hésite pas à parler comme les jeunes d’aujourd’hui!   Pour jouer mon Gergely, au troisième paragraphe: être dans l’inconnu (sans e) et plus loin un accord de verbe (subjonctif je crois) mais j’ai oublié et suis trop feignasse pour retourner à la version longue.  si tu ne trouves pas je te dirai plus tard.   Que dire de ton illustration?  Trop drôle, j’adore.   Toi aussi (je t’adore).  Gros bisou, bon dimanche.  Un peu grisouille sur Liège.

    ________________________________

    • Pour l’inconnue, je le prends comme une variable qu’on ne peut évaluer; dans le sens mathématique de la chose, je pense que ça s’écrit comme ça (à vérifier). Pour le subjonctif, je ne le trouve pas mais si tu le retrouve, n’hésite pas à me l’indiquer, je me ferai un plaisir de le corriger (je déteste les fautes d’orthographe, les fautes d’orthographe: c’est MAL). Merci pour les remarques! Bons baisés de Bruxelles.

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